Le projet : "Bastringue à la Goutte d’Or"

Après « L’Algérie à la Goutte d’Or », consacrée aux années 1950 et 1960 à la Goutte d’Or, et « Barbès l’Africaine – Des années 1970 à nos jours » les centres de ressources du quartier poursuivent leur collaboration autour des 3ème rencontres de la Goutte d’Or qui seront consacrées cette année, aux années 1830-1930, à la naissance du quartier de la Goutte d’Or.

Les objectifs opérationnels du projet :

-  Réaliser un travail de mémoire sur une période particulière de l’histoire du quartier de la Goutte d’Or (les années 1830-1930) ;
-  Témoigner de la vie quotidienne et culturelle des populations locales, en particulier des populations ouvrières. Différents thèmes abordés : « immigration provinciale, européenne et révolution industrielle », « les premiers kabyles », « la condition ouvrière », « les cafés musicaux », « les cabarets », « la condition féminine dans la quartier Goutte d’Or du 19ème à aujourd’hui » , « de la chanson réaliste, au slam »…
-  Faire connaître l’histoire et les apports des premiers migrants (provinciaux, européens et kabyles) ;
-  Contribuer à la confrontation démocratique des idées à travers l’organisation de débats sur ces questions ;
-  Faire connaître et diffuser cette connaissance auprès d’un large public de franciliens et particulièrement auprès des habitants de la Goutte d’Or ;
-  Faire découvrir la richesse des fonds documentaire des centres de ressources du quartier.

Cadrage historique :
« La naissance de la Goutte d’Or… »

D’après l’ouvrage de Jean-Claude Toubon et Khelifa Messamah « Centralité Immigrée. Le quartier de la Goutte d’Or » (1990)

La Goutte d’Or, quartier populaire emblématique de Paris, a une histoire riche et ancienne. Tantôt rapporté au territoire de Montmartre, de Clignancourt ou de la Chapelle le périmètre actuellement occupé par la ZUS Goutte d’Or ( déterminé par le boulevard de La chapelle au sud, la rue Stépenson à l’est, la rue Ordener au nord, le boulevard Barbès à l’ouest) a été depuis longtemps, par l’intermédiaire du très ancien chemin des poissonniers, une étape privilégiée pour les échanges entre Paris et le Nord de la France. Des cartes datant du XIVème siècle indiquent le tracé de cet axe emprunté par les marchands apportant à Paris du poisson péché dans la mer du Nord.

Par ailleurs, « Bien avant la Révolution Française, l’espace actuel occupé par la Goutte d’Or était une propriété ecclésiastique au sud de la rue Marcadet, et seigneuriale, au Nord. La commune de La Chapelle appartenait ainsi à deux propriétaires, le Seigneur de Clignancourt et les Messieurs de Saint-Lazare. Ce sont ces derniers qui installèrent sur leur territoire une colonie de laboureurs et de vignerons (…) » p50. Cette vigne d’où l’on tirait un vin d’une couleur dorée très appréciée du Roi de France est sans doute à l’origine du nom du quartier de la Goutte d’Or.

La naissance du quartier de la Goutte d’Or a été également influencée, par la présence dès la fin du XVIIIème siècle le début du XXème, du hameau de la Goutte d’Or et du lieu dit Saint-Ange situé de part et d’autre de l’actuelle rue des Islettes. Ce hameau construit autour de l’activité de la nitrière, qui a remplacé les moulins servant à exploiter les carrières de gypse, représente le « noyau initial » autour duquel s’est organisé le quartier. Sa localisation en proximité de la barrière Poissonnière et à l’extérieur de la barrière d’octroi a constitué très tôt une « halte privilégiée » : d’autant plus d’ailleurs, qu’on y trouvait de nombreux débits de vin, cabarets, hôtels garnis…

Dans les années 1840-1860 le tracé des chemins de fer, la construction : de la Gare du Nord et la Gare de l’Est, de l’église Saint-Bernard, de l’hôpital Lariboisière, la fin juridique de l’enceinte des Fermiers généraux ont eu une influence considérable sur l’urbanisation du quartier qui s’est progressivement autonomisée par rapport au quartier La Chapelle. Les travaux de rénovation du vieux Paris, vont avoir une incidence sur la physionomie et la composition du quartier. Les auteurs écrivent à propos de l’urbanisme haussmannien « En se limitant à l’extérieur de la Goutte d’Or, il a plutôt contribué à mieux l’isoler encore ». Par ailleurs, les habitants, les plus précaires du centre de Paris furent « chassés » vers les quartiers périphériques. A partir de 1860 et malgré son rattachement à Paris, la Goutte d’Or reste un territoire un peu à part.

Les besoins de construction de chemin de fer, le développement du secteur industriel et artisanal ont nécessité une main d’œuvre importante. Après avoir accueillies les populations soumises à l’exode rural, dont un nombre important venaient de la région Nord et de l’Est de la France, le quartier va accueillir nombre de paysans pauvres venus de Belgique ou du Luxembourg. De territoire identifié comme « ouvrier provincial français » entre 1840 et 1890, il devient un espace « multi ethnique européen » (1890-1920) sur lequel va pénétrer petit à petit et ce dès la fin du XIXème siècle une population d’origine kabyle.

L’industrialisation croissante du début du 19ème siècle a donc été un facteur d’accélération et de transformation urbaine de la Goutte d’Or, qui s’est construit à l’image d’une ville champignon sans véritable plan d’urbanisme. A cette anarchie de construction qui va marquer le paysage urbain de la Goutte d’Or, s’est surajouté un certain désintérêt de la part des propriétaires pour l’embellissement de l’architecture des façades car « les bâtisseurs, pour la plupart des petits propriétaires ayant quelques économies à placer, n’ont pas pu ou n’ont voulu embellir l’architecture des façades peut-être du fait de la pauvreté de la population ciblée. ».

L’évolution de la population de la Goutte d’Or va suivre le mouvement de croissance observé à l’échelle parisienne, pour atteindre 45000 habitants lors du recensement de 1886 (22017 en 1999). A cette date le quartier compte près de 68% « d’ouvriers, journaliers ou manœuvres » et nombre d’entre eux sont étrangers. La population travaillant à la Goutte d’Or se regroupe principalement dans trois secteurs : la production de petites machines et l’artisanat, l’industrie du bâtiment et surtout l’industrie de l’habillement qui fait vivre un cinquième de la population. Le quartier de la Goutte d’Or est classé parmi les plus pauvres de Paris. Il est choisit par Zola pour illustrer la déchéance d’une partie de la population ouvrière.

La naissance du quartier de la Goutte d’Or remonte donc au milieu du XIXème siècle, période durant laquelle se dessinent des facettes qui compose aujourd’hui encore son identité. Populaire, c’est un quartier ouvrier où viennent s’installer de nombreux paysans : des migrants provinciaux, européens ou kabyle soumis à l’exode. Il s’agira au cours de ses 3èmes rencontres de la Goutte d’Or d’explorer les différents aspects de la vie sociale qui se développe à cette époque dans ce quartier populaire de Paris en se centrant sur :
• La révolution industrielle et l’arrivée des premiers migrants constitués de paysans provinciaux, européens. L’immigration kabyle à la fin du 19ème siècle, sa fonction dans la structuration du petit commerce et des hôtels meublés.
• La vie dans le quartier à travers les descriptions de Zola. La place des garnis, cafés musicaux, cabarets, bordels du quartier et des alentours

Les actions transversales
• Une exposition de cartes postales anciennes du début du siècle
• Des visites guidées autour de différentes thématiques :

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